On me pose souvent la question : pourquoi les jeunes délaissent la politique, pourquoi sont-ils cyniques ? Je réponds souvent que les causes sont nombreuses, que les recherches lancent plusieurs pistes à explorer, mais aujourd’hui je vois dans la mobilisation étudiante actuelle, pour ou contre la hausse, un autre élément de réponse.
Sur cet enjeu, très concret, qui touche les jeunes dans leur quotidien, on assiste à une mobilisation qui contraste avec celle qui prévaut dans des temps où la question de la hausse est plus latente. Lors de votes dans les établissements, contrairement aux autres occasions de s’exprimer pour les étudiants, le taux de participation sont très élevés. Les jeunes sortent dans les rues, remplissent les assemblées générales, débattent, envahissent en masse les médias sociaux, s’affichent avec le carré rouge ou le carré vert.
Voilà des preuves que les jeunes sont capables de s’intéresser à la politique, de participer et d’être des acteurs dynamiques de la vie démocratique, car ici la hausse les touche directement, l’effet est concret et mesurable économiquement.
Ce qui m’amène à me poser plusieurs questions. Est-ce d’autres enjeux qui ont, eux aussi, un impact sur la vie des jeunes, mais qui sont plus abstraits, ne devraient-ils pas les mobiliser ? L’éducation à la démocratie, à la politique, à la citoyenneté et aux enjeux économiques est-elle insuffisante pendant le parcours des élèves et des étudiants de sorte qu’il y a une forte incompréhension de ces phénomènes ?
La mobilisation actuelle autour d’un enjeu très concret ne témoigne-t-elle pas que pour d’autres questions plus abstraites, les jeunes ne disposent pas des outils nécessaires pour prendre position, s’exprimer, se mobiliser ? Parce qu’elle démontre que les jeunes peuvent se mobiliser en masse, mais qu’ils ne le font pas ou ne prennent pas le temps de le faire pour des enjeux plus complexes, la lutte de la hausse qui se déroule actuellement est-elle en train de nous montrer des lacunes notre système d’éducation au niveau de l’enseignement de la philosophie, de la politique et des mécanismes démocratiques ?
Imaginez la teneur de nos débats de société si les jeunes pouvaient y prendre part lorsqu’il s’agit de questions plus complexes et abstraites ? Quelle vivacité démocratique aurions-nous si nous pouvions donner aux jeunes la capacité d’être rapidement des acteurs politiques et qu’ils prenaient une place plus importante dans les décisions et l’élaboration des projets de notre société ?
Je le répète mais je considère qu’en voyant l’ardeur avec laquelle les jeunes se mobilisent pour un enjeu très concret, nous devons nous assurer qu’ils puissent le faire sur des enjeux plus complexes et plus abstraits. Il n’en tient qu’à nous collectivement de faire en sorte que tout au long de leur parcours, les jeunes puissent acquérir les compétences et les connaissances nécessaires pour comprendre la politique, la philosophie et l’économie. Tout ça pour qu’au final leur créativité soit rapidement prise en compte et mise à profit dans l’orchestration de notre société, voire de notre nouvelle civilisation.




