Critique du livre de Jean Laliberté «Réinventer la démocratie»

Réinventer la démocratieLes citoyens sont très critiques des partis politiques et du processus électoral. Ils déplorent en particulier les querelles inutiles, l’influence excessive des groupes de pression et le rôle occulte de l’argent dans le système politique.

Après avoir fait état des nombreuses faiblesses de la démocratie élective, Jean Laliberté propose une démocratie participative permettant d’éliminer les affrontements stériles entre les partis politiques, d’affranchir les membres de l’Assemblée nationale de la ligne de parti et de les laisser reprendre leur droit de parole, de supprimer l’influence des lobbies et de l’argent, ainsi que de mettre fin aux cachotteries et aux mensonges. Cette démocratie participative repose sur la création de Regroupements pour la bonne gouvernance qui sont des forums d’information et d’échange centrés sur des sujets particuliers comme la santé et l’éducation. Un Conseil de la bonne gouvernance est chargé de guider la création et le bon fonctionnement de ces regroupements, responsables entre autres de choisir les membres de l’Assemblée nationale selon un processus qui laisse une large place au hasard. Jean Laliberté définit aussi de quelle manière ce nouveau système pourrait être mis en place et comment il permettrait de réaliser un «gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple».

La préface du livre est signée par M. Vincent Lemieux, professeur émérite au Département de science politique de l’Université Laval.

Jean Laliberté est détenteur d’une maîtrise en science politique (Université Laval, 1968) et a complété un cycle d’études à l’École nationale d’administration (Paris, 1971). Il a travaillé dans la fonction publique fédérale de 1967 à 1979 et dans la fonction publique du Québec de 1979 à 2002. Par la suite, il a été conseillé en gestion au sein d’une grande société québécoise. Il est l’auteur du livre Les Fonctionnaires – Politique, bureaucratie et jeux de pouvoirs publié au Septentrion en 2009. Pour échanger avec l’auteur : www.septentrion.qc.ca/jeanlaliberte/. (copie du résumé de Renaud-Bray.com)

Notes de lecture

Dans sa conclusion, l’auteur mentionne « qu’il est évident qu’une transformation de cette ampleur est une œuvre de longue haleine. Si la thèse présentée dans cet ouvrage se confirme et que les institutions démocratiques actuelles continuent de se détériorer, le cynisme des électeurs s’accroîtra et de plus en plus de gens opteront pour le changement. »

L’auteur assume qu’ils opteront pour le changement mais n’insiste pas beaucoup sur le fait qu’ils devront s’impliquer pour réaliser ce qu’il faudra pour remplacer les institutions en place. Les gens devront être convaincus que le nouveau système proposé sera beaucoup supérieur au système actuel. Les citoyens devront s’impliquer personnellement car ils exerceront ce que l’auteur appelle la démocratie participative qui est exercée par chaque personne qui décide de s’intéresser à la chose publique et de s’y impliquer activement. La personne qui s’implique n’agit pas isolément mais en collaboration avec ses compatriotes en vue d’une bonne gouvernance.

Jean Laliberté a au moins eu le courage d’élaborer un concept qui pourrait fonctionner si l’égocentrisme et l’individualisme n’étaient pas caractéristiques des citoyens/électeurs/jeunes/instruits actuels. L’auteur a développé une utopie valable mais qui va rester lettre morte faute d’intérêt « sonnant et trébuchant » pour les gens qui s’y impliqueront. Dans la première partie du livre, il décrit très bien les problèmes liés aux partis politiques et aux groupes d’intérêts qui les motivent et les financent. Dans la deuxième partie, tout repose sur l’altruisme et la bonne volonté des citoyens qui formeront des Regroupements sous forme de forums d’information et d’échange sur les politiques publiques. Regroupements dans tous les domaines : éducation, santé, développement économique, etc. Le conseil des regroupements ou Conseil de la bonne gouvernance remplace l’Assemblée nationale et exerce le pouvoir. Un « chancelier » remplace le premier ministre.

Toute la difficulté d’un projet de ce genre c’est de recruter suffisamment d’adeptes et de partisans pour promouvoir les idées et les concepts et faire changer d’opinion les décideurs en leur faisant valoir l’intérêt qu’ils en retireront personnellement soit financièrement ou en augmentant leur pouvoir et leur prestige.

D’autres auteurs développent des idées et des concepts dans le même sens :

Rémi Lefebvre. “Il faut d’abord réinvestir la question institutionnelle”. Entre un système local de plus en plus confus, des élections législatives qui perdent leur sens du fait de l’inversion du calendrier électoral, notre système électoral est devenu insensé, trop complexe, illisible. “Il faut ensuite redonner du pouvoir au peuple pour le redonner au politique”. On l’a dit. Déprofessionnaliser le politique qui se drape derrière l’alibi de la complexité. La compétence des hommes politiques n’est pas supérieure à celle des citoyens et ce d’autant plus dans une société avec une forte augmentation du capital culturel. “L’alibi de complexification de l’action publique est un coup de force intenable ! Cette déprofessionnalisation passe par la limitation du cumul des mandats, non pas en nombre, mais dans le temps. C’est une réforme difficile, mais qui serait un levier puissant sur la confiance et la capacité d’action des élus, estime le chercheur en sciences politiques.

La troisième piste nécessite de penser les rapports entre médias et démocratie. “Nous sommes malades de cette démocratie d’opinion qui donne trop de poids aux sondages et de ce journalisme centré sur les stratégies qui fait prévaloir le jeu politique sur les enjeux.”

Enfin, il est nécessaire de multiplier les formes de participation, de pluraliser la démocratie. Et pourquoi pas, par exemple, développer le tirage au sort à tous les niveaux, comme le proposait récemment Yves Sintomer dans le dossier de la Vie des idées, sur le monde en 2112.

En dernière analyse, ce sont les politiciens actuels qui décideront de s’intéresser à la démocratie participative si suffisamment de pression et de promotion sont exercés de la part de ceux qui croient encore qu’un changement est possible sans une révolution tranquille ou non.

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Une réponse à Critique du livre de Jean Laliberté «Réinventer la démocratie»

  1. Richard Lavigne dit :

    Je suis de plus en plus septique sur la réalisation de l’utopie…la preuve:
    « Moins les gens en savent concernant des questions complexes importantes telles que l’économie ou l’environnement, plus ils souhaitent éviter de devenir plus informés, montre une étude canado-américaine publiée dans le Journal of Personality and Social Psychology, une revue de l’American Psychological Association. Et, plus la situation est urgente, plus ils souhaitent demeurer inconscients de celle-ci.

    Steven Shepherd de l’Université de Waterloo et Aaron C. Kay de l’Université Duke ont mené une série de cinq études au Canada et aux États-Unis. Ils décrivent une « réaction en chaîne allant de l’ignorance concernant un sujet à la confiance envers le gouvernement et à la dépendance envers celui-ci ».
    http://www.psychomedia.qc.ca/societe/2011-11-23/information-et-confiance-envers-les-gouvernements

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