Vivons-nous en télécratie ?

Voilà, la campagne électorale fédérale est lancée ! Nous entrons dans la course aux votes. Toute cette frénésie me fait penser à la place de la télévision dans notre société…

Combien d’argent dépenseront les principaux partis pour des publicités à la télévision pendant cette campagne ? Plus important encore : Quels messages seront véhiculés ?

La télévision prend-elle trop de place dans nos vies ? Est-elle néfaste pour la démocratie ? Dicte-t-elle les règles de la communication en politique ? Ces règles nuisent-elles à la profondeur du débat ? Sommes-nous sous la dictature du clip de trente secondes, clip qui, pour beaucoup, constitue la source d’information qui forme les opinions ? La télévision nuit-elle à la participation, encourage-t-elle la passivité, diminue-t-elle l’interactivité ?

La télévision suggère de nombreux désirs de consommation, elle évacue la notion de besoin vers celle de désir. Cette tendance se transpose-t-elle vers les demandes des citoyens en politique ? Sommes-nous dans l’ère du désir, là où l’électeur est courtisé comme un consommateur, là où les politiques sont de moins en moins orientées vers les besoins de la société, mais vers les désirs des individus ?

Difficile de répondre à cette dernière question, et difficile aussi pour les politiciens de répondre à cette tendance, car elle va à l’encontre même de l’identité du politicien. Ce dernier peine à répondre aux désirs de l’individu, celui-ci se désintéresse des enjeux, est répugné par la politique et délaisse son rôle d’acteur de la démocratie, acteur essentiel du dynamisme de celle-ci.

Selon Statistique Canada, en 2007, un pourcentage substantiel d’adultes canadiens a fréquemment regardé la télévision (voir le tableau). Près de trois sur dix (29 %) ont déclaré passer en moyenne 15 heures ou plus par semaine (plus de deux heures par jour) devant le téléviseur, et 19 % ont déclaré y passer 21 heures ou plus par semaine (en moyenne, au moins trois heures par jour).

Qu’adviendrait-il si les téléspectateurs coupaient de moitié leur temps passé devant la télévision, s’ils prenaient ce temps pour lire, pour faire du bénévolat, pour s’associer à d’autres humains, sortir de l’isolement de leur salon pour réfléchir à des solutions, des initiatives pour améliorer notre société. Notre démocratie se transformerait et elle pourrait sans doute être bel et bien vivante et animée par les hommes et les femmes responsables de son évolution.

La télévision nous montre un monde insaisissable, complexe, un monde où une nouvelle passe à vitesse grand V pour faire place à une autre, plus sensationnelle, donc plus divertissante. Le téléspectateur, de son état passif, se sent impuissant, il ne voit pas la nécessité et la portée de son action, il s’enfonce dans l’inaction et cette pratique se globalise, ce qui gangrène les racines notre société.

Qu’en pensez-vous ?

Je vous laisse sur deux citations qui vous feront réagir :

« Le rôle du public ne consiste pas vraiment à comprendre les enjeux politiques ou à exprimer ses opinions, mais à s’aligner ou non derrière des opinions. »
Walter Lippmann.

Est-ce que la télévision contribue à augmenter cette réalité ?

« Un individu qui passe quatre heures et demie par jour (comme aux États-Unis) devant sa télévision aura probablement un mode d’activité cérébrale très différent de celui d’un individu qui passe quatre heures et demie à lire (…) les gens qui regardent la télévision ne participent pas à la démocratie s’ils la regardent quatre heures à cinq heures par jour. »
Al Gore

Cette entrée a été publiée dans Textes de réflexion, avec comme mot(s)-clef(s) , . Vous pouvez la mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire